L'engagement des jeunes n'est plus un luxe

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On voulait donner de notre temps pour des assos qui changent le monde.

On a fini serveurs six nuits par semaine pour payer notre loyer.

Ce n'est pas un choix. C'est une obligation que le système nous a imposée.

Et on refuse que ce soit normal.

Comment transformer la précarité étudiante en un engagement rémunéré pour l'associatif ?

Le constat est amer : alors que le bénévolat affiche une vitalité apparente, l'engagement étudiant « à l'ancienne » est en train de s'effondrer. Avec moins de 2 % d'adhérent·es dans les associations chez les moins de 25 ans. Pourtant ce n'est pas une crise de conviction mais de moyen. L'engagement devient un luxe qui n'aurait pas lieu d'être.

Nous, étudiant·es, refusons de nous endetter pour finir comme des variables d'ajustement sur un marché de l'emploi saturé. Et nous refusons tout autant de regarder les associations et les structures de l'économie sociale et solidaire mourir à petit feu sous les coupes budgétaires, alors que nous avons l'énergie et les compétences pour les aider.

Si vous pensez que cette indignation n'est qu'une posture générationnelle, regardons la comptabilité de notre époque. Elle est implacable. En quatorze ans, le coût des études supérieures a explosé de 84 %. Le résultat se lit dans les frigos vides et les comptes en banque qui virent au rouge dès le 10 du mois : aujourd'hui, un quart des étudiant·es vivent avec moins de 100 euros par mois une fois leur loyer réglé.

Dans ces conditions, l'engagement non rémunéré est devenu un marqueur de privilège, un luxe social réservé à ceux qui possèdent déjà le capital pour s'offrir le supplément d'âme du militantisme.

Comment donner de son temps pour une cause quand chaque heure libre est happée par l'urgence d'un job étudiant dégradant ?

Nous, étudiant·es, refusons de choisir entre la fin du monde et la fin du mois.

Il est temps d'arrêter le faux procès en "fainéantise" ou en "désintérêt" : nous ne sommes pas désengagés, nous sommes systématiquement bloqués. Vous nous aviez vendu l'alternance comme voie de secours. Mais avec la baisse programmée des aides de l'État, la porte se referme.

Et pendant ce temps, les structures de l'ESS s'asphyxient en silence. Elles aussi subissent ce système : elles ont les projets, les causes, l'urgence, mais pas les budgets pour s'offrir les talents dont elles ont besoin. Leurs meilleurs bénévoles partent, leurs campagnes de com' n'existent pas, leurs messages vitaux ne sont jamais entendus. Ce n'est pas un manque de volonté, c'est un manque de modèle. Ce système les prive des mêmes personnes qu'il nous prive.

La seule issue est un modèle mutant, hybride.

Face à cette impasse, nous n'attendons plus de miracle de l'État. Puisque le système a dressé un mur d'argent entre la force de la jeunesse et les besoins des associations, nous le contournons. Il y a une urgence absolue : il faut rémunérer pour libérer.

Transformer notre précarité en puissance d'agir et casser la barrière sociale de la transition, c'est acter que l'impact est un métier de haute nécessité, et non plus un passe-temps pour privilégiés.

L'heure n'est plus aux constats compatissants. De nouveaux modèles émergent, rompant avec le monde du purement lucratif, autour de trois piliers vitaux :

Les trois piliers
1

Arrêter de demander aux jeunes de travailler gratuitement pour sauver le monde. Un étudiant qui consacre ses compétences à une cause d'intérêt général mérite de pouvoir payer son loyer.

2

Faire travailler les générations ensemble. Pas dans des réunions de concertation qui n'aboutissent à rien. Sur des projets réels, avec des jeunes et des experts côte à côte, qui produisent ensemble.

3

Casser les prix de l'expertise pour ceux qui en ont le plus besoin. Une association ne devrait pas mourir faute de com' parce qu'elle n'a pas 15 000 € à donner à une agence. L'urgence climatique et sociale n'attend pas les budgets.

Ces modèles hybrides ne sont plus des utopies, ils sont déjà en marche. Nous, étudiant·es, jeunes professionnel·les et structures engagées, avons décidé de les bâtir ensemble.

Trois appels directs

Aux directeurs·trices d'écoleVos étudiant·es décrochent parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'engager. Intégrez des missions rémunérées à impact dans vos cursus. C'est votre responsabilité.

Aux structures de l'ESSArrêtez d'attendre des bénévoles qui n'ont plus les moyens de l'être. Ouvrez vos portes à une jeunesse qui veut s'engager avec vous !

Aux étudiant·esVous n'êtes pas fainéants, vous n'êtes pas désengagés. Vous êtes simplement à court d'argent dans un système qui a oublié de vous payer.

Les compétences sont là, et le terrain n'attend plus. Vous pouvez continuer à regarder les associations s'asphyxier et notre génération vous fuir, ou vous pouvez avoir le courage d'être les premiers à financer cette bascule à nos côtés.

On ne demande plus la permission, on passe à l'action. À vous de choisir de quel côté de l'histoire vous voulez être.

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Sources — INJEP, rapport « Les chiffres clés de la vie associative » · UNEF, enquête annuelle sur le coût de la vie étudiante (2010–2025) · Le Monde avec AFP · PLF 2025 et 2026, France Compétences

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